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01.11.2006
Eric GUTTIEREZ (deuxième partie)
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"Si tu n'aimes pas les gens, ce n'est pas la peine"
Que penses-tu de la démocratie participative ?
Lorsque nous organisons une réunion publique, les riverains viennent rarement à plus de 40 personnes.
Au sein des quartiers et hameaux, on se rend compte que les personnes présentes partagent leurs préoccupations personnelles, on est loin des projets structurants. Cela veut dire qu'il ne faut pas négliger les problèmes quotidiens des gens. C'est un exercice intéressant.
Il ne faut pas penser que la rue veut prendre le pouvoir. A travers son idée de jurys populaires, Ségolène Royal n'a pas eu une manière très honnête de présenter ce qu'est la politique aujourd'hui. Dans la pratique quotidienne, ce que veulent les gens c'est avant tout de l'information pour comparer et proposer.
Je viens du Nord, j'ai bien connu l'approche "on se réunit, chacun pose sa question", il s'agit souvent d'un emballage qui permet de faire passer les décisions déjà prises.
Certains élus multiplient les groupes participatifs et, de ce fait, se retrouvent avec une multitude de propositions. Et quand on y réfléchit bien, plus on dilue le pouvoir plus on le garde car ces élus justement, en profitent pour trancher sans négociations.
En revanche, il peut arriver que nous nous trouvions face à une problématique qui concerne tout le monde, c'est le cas de la préservation du lac d'Annecy. A ce moment-là, on peut demander à la population de décider, et c'est précisément ce qui va se passer.
Mais l'élu, quoi qu'il arrive, répondra toujours de son action devant ses électeurs.
Je crois plus en la transparence et en la concertation qu'en la participation permanente. Ce sont des procédés qui permettent de moins manipuler les foules.
Certains collèges citoyens sont complètement perdus dans les sigles, les jargons (rires : tout ce qui est jargon me turlupine) et cautionnent souvent les projets des élus... C'est souvent de l'esbroufe tout cela.
Dès qu'il faut construire ensemble, c'est difficile. Certains ont envie de se "coltiner" les dossiers, les projets, les réunions mais chacun ne peut pas se le permettre en rentrant du boulot ! Je crois en la décision des élus car à travers leur choix impactant sur la vie privée, nécessitant des concessions importantes, ils ont davantage établi les conditions nécessaires à l'exercice politique. Ils le font souvent avec passion, avec amusement aussi parfois.
Le tout est pour eux de trouver un juste équilibre entre une envie qui ne doit pas devenir dévorante et l'exigence de porter un vrai projet, une vision juste qui mette en avant une capacité à faire le bien de la cité.
Tu penses donc que la politique est une activité noble ? N'est-ce pas à contre-courant de la vox populi ?![]()
Certains élus, avant même la vox populi, utilisent péjorativement l'expression "c'est une attitude politique" pour dénoncer les pratiques douteuses de leurs collègues. Et bien non ! La politique c'est propre et quand c'est sale il doit y avoir sanction ! Il faut arrêter de faire croire aux gens que la politique c'est se servir, obtenir des avantages en nature car on est très loin du compte. Tout délit doit être sanctionné, surtout quand ceux qui en sont à l'origine devraient montrer l'exemple. En même temps, on observe une grande tendresse de la part des électeurs lorsque l'on constate que la plupart des élus qui traînent des casseroles sont réélus. Il y a une idée derrière cela : "s'il est margoulin pour lui, il pourra l'être aussi pour moi". C'est en ce sens qu'on a les élus qu'on mérite.
Le militantisme est-il une bonne chose à tes yeux ?
Oui, c'est une bonne chose (rires).
Le mot "militant" est un mot générique qui définit des réalités différentes.
Dans les années 30 ou 40, il avait sans doute une toute autre définition qu'aujourd'hui. Les partis encartaient énormément de personnes.
Aujourd'hui, je constate qu'il existe plusieurs catégories de militants :
- ceux qui recherchent les échanges, les discussions, une famille de pensée avec qui partager des débats et nous avons à l'UDF de quoi les satisfaire en la matière
- ceux qui veulent apporter leur aide aux candidats, ils sont disposés à rendre des services logistiques et à apporter leur pierre au projet politique ; j'ai d'ailleurs énormément de respect pour eux qui font face à nos détracteurs sur le terrain et qui agissent de manière totalement désintéressée
- ceux qui ont envie d'intégrer les sphères du pouvoir et qui, voulant faire changer les choses, décident de le faire eux-mêmes (et à ce sujet, il faut avoir conscience qu'en politique on ne vient pas chercher les talents, ce sont aux talents à se manifester)
- enfin, une dernière catégorie, assez récente, comprend ceux qui adhèrent en réaction à un événement (les dernières présidentielles par exemple) dans le but d'avoir une prise sur l'avenir.
Quel est ton rapport personnel au militantisme ? Je vois sur ton bureau un texte de Charles Bosson intitulé "S'engager"...
Oui, Charles Bosson fait partie de ces hommes du passé dont la pensée reste très actuelle.
On ne peut servir les valeurs auxquelles on croit qu'à travers un groupe. Seul, on ne sert que ses intérêts.
Cela permet d'apprendre l'humilité et de voir les choses sous différents angles. C'est très utile et très constructif.
Tant de téléspectateurs lancent leurs coups de gueule et leurs idées devant leur télé, ont-ils conscience que personne ne les écoute ?
Mon engagement militant rentre dans le cadre de ma vie intime. Ce n'est plus le professionnel qui milite mais celui qui adore les élections, les campagnes, les dépouillements, les hommes politiques et la vie politique en général !
Dans le cadre de nos réunions ou d'interventions sur Internet, les gens peuvent être amenés à penser que lorsque je m'exprime, je le fais au nom de mon patron... Cela exige de ma part une clarté sans équivoques et parfois une prise de distance obligatoire.
Il y a donc des parallèles qui se dessinent entre la sphère privée et la sphère professionnelle ! Mais as-tu imaginé un jour exercer un autre métier ou vivre une autre forme d'engagement, voire d'être élu ?
Ah ça oui ! J'ai imaginé être Maire, Conseiller Général, Député ou Président ! (rires)
Mais je croise tous les jours des gens qui semblent plus doués pour cela.
Actuellement, j'accumule de l'expérience, un mûrissement, c'est une formation permanente.
Il n'y a pas d'âge pour se sentir prêt à assumer une fonction politique. Je ne crois pas plus au jeunisme qu'à une société de "vieux". Les sphères politiques devraient être plus représentatives, comme des microsociétés complètement mixtes à tous niveaux. Les élus, à travers leur travail d'équipe, partagent des tranches de vie, des épreuves, y compris personnelles... Ils sont parfois déstabilisés en même temps qu'ils se forgent. Finalement, c'est un peu comme tout le monde. Ce qui est valable aussi pour eux comme pour nous, c'est le secret de la réussite. Il consiste à prendre conscience que si tu n'aimes pas les gens ce n'est pas la peine !
As-tu vu le téléfilm "Chirac" ?
Oui, d'ailleurs je suis un fan des reportages-coulisses.
La description qui a été faite du Président est fidèle à l'image que je m'en faisais.
Les réalisateurs ont été assez cruels sur le bilan politique (les reproches portaient avant tout sur le fait qu'il n'ait pas su gérer le quotidien) mais élogieux sur l'homme. A travers cela je vois aussi une peinture de la "vérité française".
[...]
[Finalement, je vous promets une troisième partie de cet entretien
car nous avons encore abordé d'autres thèmes liés à la ruralité, à la paix sociale...]
23:35 Publié dans Entretiens avec... | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note




Commentaires
Il est vraiment très bien ce Eric Guttierez! ses analyses sont poitues et bien senties et il faut dire que la retranscription est pas mal non plus!!
Petite remarque: tu as rattaqué la 2ème partie en reprenant la dernière question de la 1ère (avec des modifs)?
J'attends avec impatience la 3ème!.......
Après réflexion, pour la prochaine personne il serait préférable peut-être qu'elle "leur" soit connue aussi pour soutenir la" pression".
Ecrit par : Ballet-Baz Françoise | 03.11.2006
J'ai effectivement repris la dernière question car ma première transcription était incomplète.
Merci de ton passage sur mon blog et de ces compliments !
Ecrit par : Angélique | 03.11.2006
Super intéressant comme article !
Ecrit par : Jérémy | 03.11.2006
je reconnais là.. Eric, quelqu'un de vrai, simple et enfin un politique, même de l'ombre, qu'un français peut comprendre ! bravo a angel pour les questions !
Ecrit par : Le Goff Cédric | 03.11.2006
bel exercice de style, pas mal et même très interressant.
c'est une bonne idée
Ecrit par : pascal | 04.11.2006
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