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31.10.2006
Eric GUTTIEREZ (première partie)
Eric GUTTIEREZ est Chargé de Mission au cabinet de Bernard BOSSON, Député-Maire d'Annecy.
Il nous parle librement de ses engagements et du regard qu'il porte sur la politique.
Tu es ce que l'on peut appeler un "homme de l'ombre". Est-ce par choix personnel ?
Oui, c'est par goût, par opportunité (les rencontres) et aussi parce que cela correspond à mon caractère. J'ai toujours aimé ce type de personnages. J'adore la politique mais je ne pense pas avoir suffisamment l'étoffe pour vouloir m'investir personnellement dans une vie publique.
Alors je le fais par procuration en travaillant au service de ceux qui s'y destinent.
Bien sûr, il y a parfois des limites à l'exercice car il peut y avoir des moments où l'on a envie de s'investir plus directement et cela peut être frustrant.
Je ne me compare pas à Ségolène ou Villepin, mais ce sont des exemples de personnages de cabinets qui ont fini par tenter le coup et essayer d'y aller eux-mêmes.
Cela dit, il existe une complémentarité entre élus et hommes de cabinets. Nous sommes là pour conseiller, briefer et débriefer, nous sommes dans "l'intime de l'autre", c'est un métier éminemment humain.
Quelles sont les qualités d'un "homme de l'ombre" ?
Contrairement à un élu qui doit être fonceur, avoir du charisme et une volonté féroce, un "homme de l'ombre" doit développer des qualités d'écoute, de sensibilité, d'ouverture notamment sur le plan des idées.
Il faut avoir une capacité à se mettre à la place de l'autre...
Ensuite, il y a des qualités techniques spécifiques à développer en fonction de la demande des élus pour lesquels nous travaillons (qualités d'écriture, de synthèse ou autres).
Quel est le profil des élus que tu affectionnes ?
Les élus que j'affectionne sont ceux qui ont su rester humains, chaleureux, qui n'ont pas pris la grosse tête.
Certains ont conservé une âme d'enfant dans le sens où ils ont gardé le goût de convaincre, ils n'ont jamais la certitude de détenir l'unique vérité. Je pense par exemple à Bernard Bosson qui est encore régulièrement dans la confrontation avec ses proches, il ne se situe pas au-dessus de l'autre. Il nous arrive de refaire le monde à plusieurs, comme lorsque les jeunes font leurs réunions.
J'aime en règle générale les élus qui ne calculent pas tout, qui ne s'enferment pas dans l'immobilisme d'un statut.
Bayrou est aussi un exemple d'élu qui m'intéresse : il dérange, dit des choses qui ne plaisent pas toujours, suscite le débat. La politique que j'aime n'est pas celle qui se contente de faire cyniquement tourner la maison.
Es-tu optimiste quand tu penses à l'avenir dans le domaine politique ?
Vis-à-vis de la politique de demain, j'ai autant d'espoirs que d'inquiétudes.
Mes inquiétudes sont liées à la médiatisation. On devient "zappeur".
Je suis issu d'une famille intéressée par la politique (nous en faisions des sorties, des moments de fête) et à l'époque, les leaders avaient du fond. Mais au fur et à mesure que l'on a voulu rapprocher les élus du Peuple, on a simplifié le discours ; jusqu'à ce que ce discours devienne simpliste. J'ai aussi l'impression que l'on s'accroche de plus en plus aux simples apparences (mais concrètement, ce n'est pas la taille des oreilles de Bayrou qui me fait l'apprécier, c'est bien sa vision qui répond à mes attentes et qui répond humainement à ce qui est souhaitable pour la société).
Certains disent "moi, j'aime bien Bayrou mais tu le vois toi comme Président ?"... Alors je me demande si les gens attendent seulement des grands nez, des grandes tailles et des bras ouverts vers le ciel qui embrasent les foules tel un grand-père rassurant. Sincèrement, je crois qu'il y a aussi des élus qui sont transcendés par leur fonction et qu'il est complètement dommage qu'il y ait une telle focalisation sur les apparences a priori.
Parallèlement, j'ai aussi de grands espoirs.
Les gens commencent à effacer leurs vieux schémas. Nous sommes un peu précurseurs à l'UDF, donc pas toujours très bien compris dans notre stratégie d'abolition des confrontations droite/gauche. Nous proposons une nouvelle façon de faire de la politique. Le discours doit être plus simple en même temps que la ligne de démarcation entre les différentes lignes politiques est plus complexe à tracer.
Plusieurs courants de pensées sont capables de se mobiliser ensemble sur certains combats qui le méritent. C'est le cas de la construction européenne. C'est une avancée.
[...]
09:40 Publié dans Entretiens avec... | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note




Commentaires
bon c'est un peu prétentieux de ma part !!
mais une interview par Angélique... ça l'fait !
ce fut en plus un moment très agréable !
merci
Ecrit par : eric | 31.10.2006
Que de flatteries... Moment très agréable partagé !
Merci à toi de t'être prêté à l'exercice.
C'était, comment dire... LA CLASSE !
Ecrit par : Angélique | 31.10.2006
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